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La performance énergétique : un enjeu autant estival qu’hivernal.

Tribune par Thomas Menuet, Responsable Commercial Habitat Collectif chez CertiNergy & Solutions.

Jusqu’à présent, la rénovation énergétique a été pensée comme une réponse au froid. Il était d’usage de réduire les pertes de chaleur, de réduire les factures de chauffage et de s’attaquer aux passoires thermiques. Cette logique reste nécessaire mais n’est plus suffisante pour saisir le spectre complet de la performance énergétique.

Le dérèglement climatique impose une nouvelle réalité. Dans le parc social, les épisodes de chaleur rendent certains logements difficilement habitables l’été. Le sujet ne relève plus seulement du confort, il concerne directement la santé des occupants, en particulier des plus fragiles. La performance énergétique doit donc être pensée sur une durée bien plus large que la seule période hivernale.

Cette évolution a un coût bien réel, supporté par les ménages les plus précaires. Face à l’insuffisance des rénovations, les habitants s’équipent en urgence : des radiateurs d’appoint l’hiver pour combler le manque d’isolation, et des climatiseurs mobiles l’été pour supporter les pics de chaleur. Ces équipements de secours entraînent une augmentation des consommations d’électricité. Non prises en compte dans les DPE, ces consommations parasites pèsent lourdement sur les factures et dégradent encore la situation des foyers fragiles*. Sans une action globale sur le bâti pour supprimer ces besoins d’appoint, les consommations continueront de grimper, en hiver comme en été.

L’insuffisance de la rénovation en mono-gestes.

Face à cette double pression, les rénovations partielles et mono-gestes montrent leurs limites. Remplacer un équipement de chauffage sans traiter l’enveloppe du bâtiment, isoler une paroi sans revoir la ventilation, ou multiplier les interventions isolées ne permet pas d’apporter une réponse cohérente. On corrige un point faible, mais on laisse intacte la cause du problème.

C’est pourquoi la rénovation globale s’impose comme la seule réponse pertinente. Pour garantir un vrai confort d’été sans recourir à la climatisation, il est essentiel d’orienter les travaux vers des isolants à fort déphasage thermique, capables de freiner la pénétration de la chaleur durant la journée. C’est cette approche d’ensemble, à la fois globale et adaptée aux contraintes des deux saisons, qui permet de traiter conjointement le froid hivernal et la surchauffe estivale, tout en améliorant durablement la performance du logement.

Pour les bailleurs sociaux, l’enjeu est aussi opérationnel. Une stratégie de travaux lisible, cohérente et programmée dans le temps vaut mieux qu’une succession d’actions dispersées. Elle permet de mieux piloter les délais, les coûts et les usages, tout en donnant aux occupants une perspective claire sur les bénéfices attendus.

Les CEE, véritable levier de mise à l’échelle.

Reste une question décisive : comment financer cette montée en grade ? Les Certificats d’économies d’énergie (CEE) apportent une réponse concrète. Ils mobilisent des financements privés au service de la rénovation énergétique, sans peser sur le budget de l’État, et réduisent le reste à charge des opérations.

Dans le parc social, leur rôle est particulièrement structurant. Les CEE aident à faire passer les projets du stade de l’intention à celui de la réalisation. Ils améliorent l’équilibre économique des opérations, sécurisent les montages et facilitent l’engagement de rénovations plus ambitieuses. Les dispositifs bonifiés vont dans le même sens : ils orientent les investissements vers des travaux plus complets, plus performants et donc plus utiles dans la durée.

Sans cet effet de levier, une grande partie des opérations resterait à une échelle trop modeste. Or le besoin est massif. L’enjeu n’est plus seulement d’additionner des chantiers, mais de structurer une capacité de rénovation à grande échelle.

Une vision globale pour un bénéfice collectif.

Les gains ne se mesurent pas seulement en kilowattheures (kWh) économisés. Pour les locataires, ils se traduisent par un meilleur confort été comme hiver et par une baisse durable des charges. Dans un contexte de tension sur le pouvoir d’achat, il ne s’agit pas un bénéfice secondaire.

Pour les bailleurs, c’est aussi un moyen de mieux préserver leur patrimoine et d’anticiper les contraintes climatiques à venir. Pour les territoires, enfin, c’est un levier de résilience, de santé publique et de valorisation du bâti existant. La rénovation du parc social n’est donc pas un sujet technique parmi d’autres. C’est un choix stratégique.

À l’heure où les vagues de chaleur se multiplient et où les budgets sont contraints, la bonne réponse n’est ni l’attentisme, ni le saupoudrage. Il faut des rénovations globales, des financements à la hauteur et une volonté claire d’agir à l’échelle. C’est à ce prix que le parc social pourra rester habitable, soutenable et utile, en toute saison.

* Source : https://www.fondationpourlelogement.fr/quartiers-chauds-les-quartiers-populaires-surexposes-aux-canicules/

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